Le tsang poumon (2ème partie)

0

Le malade imaginaire

Un passage du « malade imaginaire » de Molière m’interpelle. Molière aurait-il été formé à l’acupuncture?

Le voici : Molière, Le Malade imaginaire, acte III, scène 10

TOINETTE : Qui est votre médecin ?
ARGAN : Monsieur Purgon.
TOINETTE : Cet homme-là n’est point écrit sur mes tablettes entre les grands médecins. De quoi dit-il que vous êtes malade ?
ARGAN : Il dit que c’est du foie, et d’autres disent que c’est de la rate.
TOINETTE : Ce sont tous des ignorants. C’est du poumon que vous êtes malade. (Les relations rate foie poumon sont surprenantes : taé yin et cycle ko)
ARGAN : Du poumon ?
TOINETTE : Oui. Que sentez-vous ?
ARGAN : Je sens de temps en temps des douleurs de tête. Chaleur du poumon
TOINETTE : Justement, le poumon.
ARGAN : Il me semble parfois que j’ai un voile devant les yeux. Tchin Tchen interne
TOINETTE : Le poumon.
ARGAN : J’ai quelquefois des maux de cœur. Tching Tchen externe
TOINETTE : Le poumon.
ARGAN : Je sens parfois des lassitudes par tous les membres. Fei vide
TOINETTE : Le poumon.
ARGAN : Et quelquefois il me prend des douleurs dans le ventre, comme si c’étaient des coliques. TT interne

TOINETTE : Le poumon. Vous avez appétit à ce que vous mangez ? Un froid sur taé yin provoque un manque d’appétit. On trouve ici l’inverse
ARGAN : Oui, monsieur.
TOINETTE : Le poumon. Vous aimez à boire un peu de vin.
ARGAN : Oui, monsieur. TT Interne et Fei chaud donnent soif mais il n’est pas précisé que c’est pour le vin!
TOINETTE : Le poumon. Il vous prend un petit sommeil après le repas, et vous êtes bien aise de dormir ? Fei vide
ARGAN : Oui, monsieur.
TOINETTE : Le poumon, le poumon, vous dis-je.

Origine du mot allemand

Le poumon se dit Lungen en allemand et vient de l’ancien haut allemand lunguna (lumière) car c’est le seul organe d’un animal abattu qui flotte sur l’eau. Mais alors pourquoi lumière? La lumière plaque au sol ce qui est matière, ce qui est dense. Il faut s’alléger pour s’élever, ne pas être prisonnier de ses kwei (métal) dans ce mouvement terre ciel du shen. Encore plus lointain, Lunguna (haut Allemand) vient de la racine indo européenne lengwh : qui résiste facilement à un exercice de poids, léger. Certainement en référence à ces rituels anciens ou les organes étaient jetés dans un bassine d’eau ou de sang. Comme expliqué précédemment, les poumons y flottent. A poids équivalents, les autres organes sont plaqués au fond de l’eau et le poumon résiste, reste en surface. Il y a ici dans le mot poumon la notion de s’alléger, le poumon doit rester léger suite aux exercices de poids, représentés par nos kwei.

La lumière

En acupuncture la notions de lumière au métal est présente : sa couleur est blanche, donc contient toutes les autres. La lumière du métal est la plus complète, la plus vive. On parle aussi de la lumière du gros intestin pour désigner ce qui est à l’intérieur de celui-ci. Le poumon est le seul organe en contact avec l’air. Il touche directement (avec sa peau) le yang lumineux, l’énergie du ciel, et par la respiration, et permet de l’apporter (le yang, l’oxygène) au plus profond de l’organisme, à l’image du métal qui permet l’enfouissement. Enfin, toujours dans cette dualité, il est le plus léger des organes, flottant dans l’eau et lié ainsi au ciel; comparativement à ses kwei qui enracinent, alourdissent et ralentissent nos vies.

Une idée bien connue en acupuncture : se délaisser des poids de son passé pour s’élever et permettre à son énergie de retourner au ciel.

Dictionnaire du moyen français 1330

Ce dictionnaire donne pour l’ancien mot poumon :

  • A Dombras : pawmo : coeur d’arbre. L’idée est que le coeur de l’arbre le fait respirer. En même temps le métal contrôle le bois et la respiration contrôle la croissance des arbres. Car le cycle ko n’est pas juste une relation de contrôle. Elle est aussi une relation d’entraide. Le métal n’est pas que là pour fendre du bois. Il lui permet de croître à sa vitesse, ni trop vite, ni trop doucement. Il le freine s’il le faut et le laisse pousser aussi si nécessaire. Le métal doit s’ajuster pour permettre au bois de bien pousser. En excès il le fend, en vide il doit le stimuler (cycle nourricier) puisque le métal enrichit l’eau qui nourrit le bois. Enfin, Fei, qui désigne l’organe poumon en chinois fait référence aux végétaux et leurs racines.
  • A Valognes : paumon terrain mou et marécageux à l’image du 5P SHIZE et de l’organe. Beaucoup de villes ont planté des arbres dans leurs marécages, et on dit aujourd’hui des grands parcs en ville que ce sont les poumons de la ville : Le lien entre les poumons et les arbres, le métal et le bois est résumé ici : la croissance du bois permet au métal d’assécher car le bois épuise l’humidité de la terre.

Et en français alors : quelle explication?

En inversant le mot poumon, il donne mon-pou, mon pouls. La relation poumon coeur est établie et semble au coeur du mot poumon. En début de séance, on prend les pouls aux 3R, et on regarde le cycle respiratoire. La rythmicité est donnée, lien entre les 2 tsang du foyer supérieur. La respiration n’est pas qu’une histoire de poumon, le coeur est concerné. Le poumon – c’est mon pouls, à l’image du 9P, canal des pouls, qui est sur le trajet… du poumon. Il fait partie du cycle des battements du temps chez l’homme, comme l’explique l’acupuncture à travers le cycle 2-2-1. Ne jamais dissocier le mouvement du poumon de celui du coeur mais toujours les observer l’un par rapport à l’autre. Voilà.

Encore une relation symbolique entre le feu et le métal, le poumon et le coeur, au ciel et sous terre, du plus haut au plus bas, du premier au dernier souffle, de la lumière aux kwei, l’art des aiguilles et du feux, du shen et du pro.

Conclusion

Alors, y avait-il des signes de cette relation entre le métal et le feu?

– Pawmo est le coeur d’arbre

– Paumon est le marécage que l’on a asséché

– Lunguna en haut allemang signifie lumière

– Pneûma en grec ancien est le souffle divin

 

En conclusion, un petit mot dont le sens est bien caché. Les poumons emmènent la lumière au plus profond de nous, par nos bronchioles, dans le sang, du yang de yang au yin de yin. A l’image des point ting des méridiens yang de nature métal, ils densifient ce qui est subtil pour le rendre accessible au corps. Si le yang met en mouvement la matière, le métal semble être l’un des outils privilégiés de cette connexion yin yang, une passerelle entre le ciel et la terre.

Partager sur :

Infos de l'auteur

Jérémie est acupuncteur à Loches, en Touraine. Ingénieur en agro-développement international à la base, il se forme ensuite en marketing stratégique. Il a travaillé en Afrique et en Amérique Latine. Un premier tournant professionnel lui a permis de développer une entreprise de plomberie chauffage pendant 7 ans en Essonne. Passionné de mots, de symbolique, il nous livre aujourd'hui ses réflexions sur les organes.

Laisser une réponse