Le Yi Jing, le livre des changements

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1) Introduction

Le changement, c’est le mouvement, c’est la danse, c’est la vie.
Le Yi King n’est pas un livre qui invente. Il constate ce qu’est la vie, le changement.
De la scapulomancie, (apparition de signes dans les carapaces de tortues provoquées par la chaleur), à Fu xi, du roi Wen au sage Duc des Zhou, en passant par Confucius, le Yi King ne s’est pas fait en un jour mais s’est écrit au fil des siècles. En chinois, son texte officiel comprend 4082 caractères. Ainsi, à quatorze caractères près, il est composé de 64 chapitres, contenant chacun en moyenne 64 caractères, comme les 64 hexagrammes. Chacun peut lire le Yi jing comme il l’entend, à son rythme, mais un usage veut que lorsque l’on a un problème à résoudre, ou parce que l’on veut savoir dans quelle voie se dirige notre année, on va procéder au tirage. Soit l’on pose une question préalable, soit l’on attend juste de découvrir. Quand on s’engage dans ce tirage, on ne peut revenir en arrière et l’on doit accepter ce que le Yi Jing va nous annoncer.

2) Différents modes de tirages

La technique chinoise traditionnelle demande l’utilisation de 50 tiges d’achillée millefeuille. Cette plante se trouve en Europe comme en Asie. Le procédé est intéressant car par le temps qu’il demande et l’organisation, il favorise la paix intérieure, la concentration et fait vivre l’instant présent. Ce procédé déploie un fonctionnement déjà utilisé par les chinois : transformer du nombreux en du lisible.
Si l’on n’a pas les 50 tiges, on peut utiliser trois pièces de monnaie. Ces deux procédés sont expliqués au début du livre du Yi jing.
On peut également tirer « au sort » un papier parmi tous les papiers contenant chacun un des 64 hexagrammes. Si vous allez à New York, dans le temple de Chinatown, où l’on peut contempler le grand bouddha doré, c’est ce système que l’on retrouve. Avant de pénétrer dans le temple, on peut tirer un papier et lire la phrase issue d’un hexagramme.

3) Les hexagrammes, en mouvement permanent entre YIN et YANG

Les hexagrammes se composent de six niveaux ayant chacun un nom et une fonction. On commence par le niveau inférieur. L’entrée est en bas, suivent le préfet, le passage, le ministre, le souverain et enfin la sortie. Quand on fait le tirage, on a le choix entre un YIN (deux traits) ou YANG (un trait). Dans le Yi jing, les chinois favorisent le YIN, peut-être pour lutter contre la propension naturelle à favoriser le YANG. Ainsi donc, le YIN est 2, et le YANG est 3. Pour les chinois, tout commence toujours par un temps YIN. On superpose donc des YIN et des YANG pour arriver à une combinaison qui nous mène à un hexagramme particulier. Mais en lisant le Yi jing, on se rend compte que ce n’est pas aussi simpliste. Au tirage, on peut trouver un jeune YIN ou un vieux YIN, un jeune YANG ou un vieux YANG. Pourquoi ? Parce que, tel le Tae Ki, le YANG et le YIN sont en mouvement permanent et se transforment. On retrouve ici le livre des changements. Le YANG a un mouvement centrifuge. Son trait s’étire donc, créant un creux en son centre. La mutation continue, le creux s’élargit puis sépare le trait en deux. Le YIN apparaît mais aussitôt, un mouvement de contraction centripète caractéristique du YIN fait converger les deux traits l’un vers l’autre et à son extrême, le YANG réapparait. Ce mouvement est sans fin. De plus le rythme de ce mouvement n’est pas régulier. Pendant que le YANG s’étire ou que le YIN se condense, la maturation est lente, mais les mutations de l’un en l’autre sont brusques, rapides. On a donc une alternance entre deux phases, comme une respiration, totalement fascinante.

4) Différents hexagrammes, agencés en une ronde, un mouvement

Par le tirage, on arrive donc à un hexagramme qui va nous permettre de découvrir un texte qui va nous éclairer sur la voie que l’on poursuit. Les hexagrammes sont donc décrits les uns après les autres, comme sur une ligne imaginaire avec un début et une fin. Et bien, non…
Encore une fois, la réalité n’est pas si simple. Les hexagrammes sont liés les uns aux autres.
On a :
– L’hexagramme de situation (hexagramme racine) qui est l’hexagramme que l’on obtient à la suite du tirage. C’est la représentation en termes YIN/YANG de l’état, de l’énergie d’une personne à un instant donné.
– L’hexagramme de perspective (hexagramme bourgeon). On a transformé, à chaque niveau, le YIN en YANG et inversement, pour toutes les lignes mutantes.
Ces deux hexagrammes ne se suivent pas dans un futur proche mais représentent ensemble l’état momentané d’une même plante.
– L’hexagramme opposé (l’aiguisoir). Il est obtenu en transformant tous les traits, qu’ils soient YIN ou YANG. Cet hexagramme fournit des indications complémentaires à la compréhension de l’hexagramme de situation. En clair, il élimine ce qui n’est pas pour mieux comprendre ce qui est. Par exemple, un objet rouge ne va pas être noir, ne va pas être blanc… Cela affine la compréhension de l’objet.
– L’hexagramme nucléaire est l’hexagramme obtenu par un nouveau positionnement des six niveaux. Les traits 2,3,4 de l’hexagramme de situation sont placés en position 1, 2, 3 et les traits 3,4,5 de l’hexagramme de situation forment les traits 4,5,6 de l’hexagramme nucléaire. On utilise donc les 4 traits du cœur, sans l’entrée et la sortie. Comme ces deux niveaux ne sont pas pris en compte, on peut donc obtenir un même hexagramme nucléaire à partir de quatre hexagrammes différents. De ce qui se classe par quatre, les chinois en font un cycle à l’instar des quatre saisons. Ainsi, les hexagrammes peuvent se classer dans une roue, avec au centre les hexagrammes 1,2, 63 et 64. De ces 4 piliers se déclinent tous les autres.
– L’hexagramme dérivé résulte comme pour l’hexagramme de perspective, de la transformation d’un YIN en YANG ou inversement. Mais cela se fait dans une démarche autre que celle du tirage du Yi jing, qui détermine l’hexagramme de perspective. On le trouve donc à partir d’un hexagramme quelconque.
Chaque hexagramme peut donc être relié à six hexagrammes dérivés. Si en partant de l’hexagramme 1, on trouve ses six hexagrammes dérivés (43, 14, 9, 10, 13,44) et que pour chacun on décline à nouveau les six hexagrammes dérivés, et ainsi de suite, on se retrouve dans un réseau de 364 relations.
Ainsi, donc la lecture du Yi jing partant d’un hexagramme de situation, on peut l’affiner en partant à la recherche de tous les hexagrammes qui en découlent.

5) Conclusion

Ces tirages et donc le yi jing semblent fortement liés au hasard. Et pourtant, en lisant attentivement notre hexagramme, nous pouvons y trouver une voie intéressante pour notre vie. Finalement, qu’est-ce que le hasard ? Peut-être est-ce tout simplement une réalité que nous ignorons encore. Pour les chinois, le hasard s’apparente au comportement des oiseaux. Symboles de liberté, ils donnent l’impression de se poser n’importe où et pourtant, ils se posent là où ils doivent. C’est cette résonance, cette évidence qui détermine le lien entre notre vie et l’hexagramme tiré. Dans la pensée chinoise, on n’utilise pas le yi jing pour connaître l’avenir, mais plutôt pour savoir si nos actions sont favorables aux moments vécus.
Ce qu’il est important c’est de consulter le yi jing de temps en temps mais ne jamais lui laisser prendre une place trop importante car il serait facile de tirer à chaque fois que nous avons une décision à prendre, c’est à dire tous les jours. Mais nous avons en nous la possibilité de prendre des décisions et faire des choix. Alors faisons-nous confiance…
« La seule chose qui ne changera jamais, c’est que tout est toujours en train de changer. »

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Infos de l'auteur

Isabelle Port, acupunctrice traditionnelle à St-Nazaire, s'est formée au centre Imhotep. Passionnée de danse, d'écriture, de dessin, et de symbolique, elle continue ses recherches, allant toujours plus loin dans la quête de la vérité...

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