Le So Wen, chapitre 3

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« Etude de la communication de l’énergie vitale avec le ciel »

-Qu’est ce que l’énergie vitale ?
Le Chapitre 1 nous donne comme définition la possibilité pour l’homme de produire le sperme et pour la femme d’avoir ses règles, autrement dit de pouvoir procréer. Ces deux fonctions se traduisent en fait par le lien qui unit les hommes entre eux, c’est-à-dire la génétique. Le message véhiculé au travers de la fécondation est la sauvegarde de l’espèce. Cette énergie est en relation étroite avec le ciel car issue de lui. Comme le souligne Hubert Reeves, nous sommes des poussières d’étoile !

SW : L’empereur Huang dit que la « communication de l’énergie vitale avec le ciel » est l’élément fondamental de la vie. Elle se base sur les énergies yin et yang.

Le yin et le yang sont les voies qui permettent d’accéder à cette compréhension. Il y a échange entre le ciel et la terre, entre le yin et le yang. Toute la théorie des Kan et Tche repose sur le principe suivant : le ciel et la terre passe leur temps à échanger des énergies qui circulent du ciel vers la terre, de la terre vers le ciel. C’est dans ce vaste mouvement d’énergie que l’homme tente de s’adapter. Telle l’image du poisson qui existe dans l’eau et de l’homme qui vit dans le Qi : si l’eau est trouble, le poisson dépérit, si le Qi est trouble, l’homme tombe malade.

SW : Entre le ciel et la terre, entre les quatre points cardinaux et les deux étages inférieur et supérieur.

Il s’agit d’un passage compliqué mais essentiel dans les Tian Gan Di Zhi, l’astronomie médicale et prévisionnelle. Le ciel est le haut et la terre est le bas.
-« L’étage inférieur et supérieur »
La pensée chinoise est analogique et tout l’édifice repose sur les mêmes bases. Ainsi, nous savons que décrire une maladie commence par les 8 règles de base : yin/yang, froid/chaleur, vide/plein, superficiel/profond. Autrement dit, le yin/yang est générique au tout. Dire Yin/Yang, c’est tacitement exprimer le reste. Il en est de même pour le ciel et la terre. Entre les deux il existe un système en trois dimensions représenté par les quatre orients, le haut et le bas.
-« Partie inférieure et supérieure » sous-entend la bipartition qui existera au sein de l’homme. Il est coupé en deux au niveau du nombril par les deux points Tienn Tchou (Pivots célestes).

SW: l’énergie communique avec les neuf continents, les neuf orifices naturels, les cinq tsang et les douze périodes.

-Les 9 provinces
Dans le commentaire du SW, traduit par Charles Laville-Méry, le commentateur avance que les 9 continents répondent aux 9 provinces de l’époque. Cela paraît peu probable car comme nous l’indique la suite du texte sur les relations qui existent entre l’univers et l’homme, les 9 provinces doivent s’accorder avec quelque chose dans l’homme et non à l’extérieur.

Deux possibilités s’offrent à nous :
1/Comme nous sommes au Chap.3, on pourrait penser que le ternaire est la clé de ce texte. Autrement dit le 3 multiplié par 3 donne 9. Si vous allez au chap.9, vous pouvez voir qu’il décrit trois niveaux chez l’homme qui se subdivisent en trois autres niveaux donc au total neuf. Nous retrouverons aussi les neuf pouls révélateur de Chamfrault qui les a décrit par rapport à ce chapitre.
2/La deuxième possibilité à explorer est l’ouverture du coeur. Celui-ci est toujours au centre de débats des plus passionnés et pour cause car dans toutes les traditions, il est l’aboutissement de la quête, ce Graal qui nous harcèle nuit et jour lorsqu’on tente de s’en approcher. Le coeur à sept orifices extérieurs représentés physiquement par ses veines et artères. Il y a aussi deux trous qui sont bouchés dans le monde extra-utérin mais ouverts dans le vie intra-utérine : le trou de Botal qui fait communiquer les deux ventricules et le trou de circulation artérielle. Ceux-ci sont les embryons de la future circulation cardiaque.
Dans un texte de Lao Tse celui-ci dit en substance : « il faut que l’être qui chemine tende à redevenir l’enfant qu’il était ». Pourquoi ne pas y voir dans cette phrase sibylline le désir essentiel d’ouvrir symboliquement ces deux trous de la vie utérine ? C’est-à-dire que les neuf orifices dont parle le So Wen seraient sous la dépendance de ces neuf trous ésotériques du coeur. A chaque trou correspond un sens ou une voie. N’oublions pas que le So Wen est le livre des questions ordinaires ce qui signifie qu’il est extrêmement complexe et enseigne aussi de façon cachée ce qu’est le Tao. La voie du coeur c’est avant tout, ouvrir tout ce qui communique avec l’extérieur pour que l’échange des énergies se fasse sans à-coup. Se relier symboliquement à notre origine c’est en comprendre aussi l’existence. Lao Tse sous ses airs coquins nous invite à rechercher ce que nous étions avant même d’être conçus!
-Les neuf orifices naturels sont les sept trous dans la tête et les deux voies d’élimination inférieure.
-Les cinq Tsang sont les organes trésors détenteurs du Shen, du souffle qui donne la vie. Ces Tsang appartiennent tous au ciel antérieur, c’est-à-dire avant la conception. Ils se diversifieront dans le ciel postérieur et pendant le développement de la vie utérine.
-Les douze périodes représentent les méridiens mais il est clair qu’il s’agit de ceux qui communiquent avec le ciel et non les merveilleux vaisseaux qui sont porteurs du message de construction. On pourrait supposer que ces méridiens extraordinaires contiennent en potentialité le message codé de l’ADN, plus un champ morphique, qui indiquerait à chaque cellule son rôle dans la construction de l’être humain.

SW : l’homme vit correctement grâce aux cinq éléments…

Nous retrouvons l’ordre créationnel. Les cinq éléments conditionnent l’être humain. Il existe des lois exprimées sous forme d’un quinaire qui doivent être respectées sous peine de modifier son état de santé.

SW : Ceux-ci se forment à leur tour aux dépens des trois énergies du ciel et de la terre, et du mouvement.

Nous sommes en plein dans les Kan et Tche et cette présentation succincte sera développée en totalité dans les chap. 66 à 74. Pour le moment nous devons comprendre que les cinq éléments sont nés des énergies primitives : fong, feu, chaleur, sec, humide, froid.
-« Trois énergies du ciel et de la terre » signifie clairement qu’il existe en tout six énergies qui se situeront soit au ciel soit à la terre. Elles seront différenciées par le Tien Tchou qui déterminera le haut et le bas. C’est dans l’échange de ces mouvements que l’homme va pouvoir vivre. Il est important de comprendre que l’échange des mouvements est continuel et ininterrompu depuis que le monde existe. Chaque énergie dirige une année comme un maître puis cède sa place à une autre. Ce cycle est de 60 années.

SW : la limpidité de l’azur au printemps apporte de la quiétude et l’énergie du ciel yang est renforcée, si l’on suit les directives propres aux quatre saisons. Même s’il y a eu des perturbations, il est impossible de nuire à quiconque.

-La limpidité de l’azur sous-entend le calme, la clarté et l’absence de nuages donc de Fong pervers. Cela se constate au printemps qui est le début des quatre saisons et la mise en place des énergies directives de l’année. Dans ce cas, le yang du ciel, c’est-à-dire les énergies qui se trouvent au dessus du pivot céleste (les points équinoxiaux) peuvent agir en toute tranquillité et donc se renforcer. Dans l’homme, nous pouvons établir qu’il s’agit du yang du haut du corps géré par le poumon, maître des énergies.

SW : c’est ainsi que furent transmises par les saints, les forces du conscient en se conformant à l’énergie de la pureté tout en connaissant l’esprit.

Nous redescendons à nouveau dans l’homme.
-Les saints étaient des hommes hautement au courant de la circulation des énergies et vivaient en accord parfait avec le Tao.
Trois termes sont à définir :
-Les forces du conscient : elles nous amènent à réfléchir sur un possible lieu représenté par les reins (la force) ou bien le Roun logé dans le foie. Cette phrase reste énigmatique car elle sous-entend que les hommes arrivés au stade de saints avaient le pouvoir d’exercer une action quelconque sur le ciel et les énergies. Cette théorie, d’actualité depuis Steiner en occident, est encore bien fragile et difficile à accepter. Pour résumer cette thèse, nous pouvons dire que la lune existe parce que nous avons conscience qu’elle existe car nous la voyons. Les choses prennent forme à partir du moment où on les observe.
-L’énergie de pureté : ce terme est ambigu car il peut se rattacher à l’énergie vitale Yuann QI ou bien Zhong Qi, c’est-à-dire à l’énergie essentielle issue du poumon. Je pencherais pour la seconde solution, étant entendu que l’énergie climatique est pure et donc l’énergie véhiculée par le poumon l’est aussi. Nous savons que le poumon met en mouvement une énergie qu’elle soit correcte ou non. Il est capable de véhiculer des toxines et à ce titre doit être surveillé de près dans un traitement visant à drainer un organisme.
-L’esprit : il trouve sa localisation classique dans le coeur. En relisant la phrase à l’envers nous obtenons  : en connaissant bien l’esprit, on connaît les forces du conscient qui sont assujetties à l’énergie de pureté. Autrement dit, en connaissant le coeur et son sentiment particulier qu’est l’amour, dans le sens d’union, de fusion avec l’Un, l’univers, nous pourrons faire évoluer notre énergie de pureté (en respectant les ordres du ciel) et donc augmenter notre force du conscient.

Pourquoi ne pas penser alors à l’élévation spirituelle ? Celle-ci se réalise quand je suis en adéquation avec le Tao et que je n’épuise pas mon énergie vitale.

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Infos de l'auteur

Jean Motte

Jean Motte directeur du centre Imhotep, formation en acupuncture traditionnelle, Auteur de livres de références en acupuncture: Vade-Mecum d'Acupuncture Traditionnelle (Editions Trédaniel), Les Chemins cachés (Editions Trédaniel), Ling Tchrou (Editions Imhotep), Tian Kan Ti Tche (Editions Imhotep). Conférencier : Belgique, Canada, HEC, Radio médecine douce, Baglis TV.

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