Le tout ce n’est pas rien

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Petite question

Qui est celui dont le nom veut dire «toute la chair» ?
Mais le pancréas bien sûr (de «pan», le tout, et «creas», la chair).
Évident pour les acupuncteurs, apparemment pour les grecs anciens aussi.
Situé entre le duodénum et la rate, il est embryologiquement issu de la partie caudale de l’intestin primitif au même titre que l’œsophage, l’estomac, le duodénum, et surtout le foie et la vésicule biliaire avec qui il a en partie «bourgeonné». De la portion céphalique de cet intestin primitif sont nés la cavité buccale, le pharynx et le diverticule respiratoire (futur poumon).
Grâce à l’intestin primitif, nous retrouvons donc les grandes connexions énergétiques du pancréas : Poumon dans l’axe tai-yin, estomac en avers/revers, VB en époux/épouse dans les Kan et Che. Le TR en midi/minuit sera quant à lui plutôt rattaché à la rate, voisine dans sa constitution et sa fonction (organe lymphoïde intervenant dans la défense immunitaire).
Partant de ce principe et sachant que pour traiter la rate on utilisera plutôt le méridien Zu Tai Yin droit et pour la pancréas le méridien Zu Tai Yin gauche, il paraît judicieux de penser que l’efficacité maximale de traitement s’obtiendra par le méridien « pancréas » pour l’avers/revers, l’époux/épouse et l’axe, et par le méridien « rate » pour le midi/minuit.

Les deux fonctions

Le pancréas est responsable de deux grandes fonctions :

– Une fonction exocrine

Il sécrète des sucs digestifs, les enzymes pancréatiques également appelés « la salive abdominale ! », qui aident à la digestion des lipides et des glucides dans l’intestin. Il sécrète également du bicarbonate afin de neutraliser le PH gastrique acide au niveau du duodénum.

– Une fonction endocrine

Les hormones

Il produit trois sortes d’hormones :
-L’insuline, la plus connue, qui permet l’utilisation du sucre sanguin par les cellules de l’organisme. Son absence est responsable du diabète.
-Le glucagon qui déstocke le sucre gardé en réserve dans le foie, lorsque le taux de sucre sanguin baisse.
-La somatostatine : Pour faire simple elle contrôle les cellules produisant l’insuline et le glucagon, et globalement concourt à mettre l’intestin au repos. Elle agit aussi dans la régulation du comportement alimentaire, notamment sur la prise de nourriture.
Il faut savoir que la difficulté émotionnelle « famille » (Terre) est très prononcée dans les pathologies anorexiques et boulimiques. Le méridien « pancréas » trouvera certainement sa place dans leur traitement.
Par exemple, le 16Rte, point local, qui est « la douleur, la plainte, de celui affligé de la perte d’un être cher (chair?) ». On pourrait lui adjoindre le 40E, point Lo en avers/revers, le « plein épanouissement de ce qu’il est possible de créer avec ce que le ciel fait descendre et ce que la terre a engendré », qui semble répondre parfaitement à ces patientes dont l’amaigrissement extrême ressemble à une « désincarnation ».
Également le 31VB (associé au 37VB en époux/épouse), qui « se procure ce dont on a besoin pour vivre », qui est la rencontre de la nourriture terrestre et de la lumière subtile. Ce n’est qu’un début de piste pour le traitement de ces pathologies Ô combien délicates, mais elles méritent certainement d’être étudiée plus à fond.

Les pathologies

Les pathologies du pancréas sont nombreuses et redoutables car, à l’exception de la pancréatite aiguë, rarement réversibles. Cependant elles sont asymptomatiques jusqu’à ce que 90% de la glande soit détruite, ce qui place tout bon thérapeute dans son rôle favori, à savoir la prévention.

La surveillance du pancréas sera donc essentielle.
Au-niveau du pouls, on retrouve sa loge à la barrière droite, à l’étage intermédiaire situé entre le pouls de l’estomac et le pouls de la rate. On ne peut pas se tromper : les patients qui mangent trop de sucre ont un pouls de pancréas plein (vraiment plein !), souvent peu circulant et débordant sur l’estomac qu’il refoule en superficie.
Sa régulation est alors fondamentale, le 8Rte gauche est à faire en priorité, assorti pour faire bonne mesure (mais rarement dans la joie !) à un régime alimentaire pauvre en sucre rapide et graisse.

Les pathologies les plus courantes sont les pancréatites, les diabètes et le syndrome de résistance à l’insuline.
-La pancréatite aigüe :
Son symptôme principal est une douleur en coup de poignard dans la région épigastrique, pouvant irradier au dos. C’est une « auto-digestion » du pancréas pouvant conduire à sa nécrose, à sa destruction totale. Cette « auto-digestion » signe donc une maladie intrinsèque de l’élément Terre, qui se retourne contre lui-même. En l’absence de signes aigus qui nécessitent un hospitalisation, le traitement reposera sur un nettoyage du pancréas et sa remise en circulation : par exemple 8Rte, IuMo de Rate, 12JM, 16Rte, 9E et les points de circulation et de cicatrisation, 2Rte et 5Rte. Souvent secondaires à des calculs de la VB (liés à une attaque primitive de terre sur bois), ces pancréatites nécessiteront également de se pencher sur la relation VB-pancréas, que ce soit dans les 5 éléments ou dans la loi époux/épouse.

-Le diabète de type 1 :
C’est le diabète insulinodépendant, maladie auto-immune entraînant la destruction des cellules pancréatiques fabriquant l’insuline et donc secondairement l’augmentation du sucre dans le sang. C’est une maladie du sujet jeune, dans la moitié des cas avant 20 ans avec un pic entre 4 et 10 ans, dont les causes restent inconnues mais dont on note une recrudescence à l’automne et au printemps. Sa découverte repose sur des symptômes de soif intense avec des envies fréquentes d’uriner et un amaigrissement. Comme pour toute maladie auto-immune le MC est impliqué et la relation midi/minuit avec l’estomac prend alors tout son sens. Le rapport de la nourriture à l’affectif est indiscutable, tout comme l’est la nécessité de « digérer » ses sentiments, il est donc nécessaire de travailler sur ce droit à être nourri pour avoir le droit de vivre. Pour le syndrome immun on pourra utiliser les 17JM et 18JM, auquel on associera le 6MC pour le midi/minuit, voire le 40E déjà cité, et éventuellement le 33E, point symptomatique du diabète, « lieu où on se procure le yin pour construire son corps ». Puisqu’on est sur une maladie auto-immune on pourra coupler les méridiens droite et gauche de Rate-Pancréas, et se servir ainsi de la fonction immunitaire de la rate. Le 4TR, point symptomatique du diabète, iuan-nourricier du TR, complètera certainement le travail grâce au midi/minuit.
Un bon nettoyage des intestins, producteurs de l’énergie immunitaire de défense Oé, et rappelons le, « père embryologique » du pancréas, paraît également nécessaire.

-Le diabète de type 2 :
Il correspond à une augmentation de la glycémie liée à un épuisement des cellules pancréatiques productrices d’insuline, lors d’une surcharge alimentaire prolongée. C’est un diabète de la maturité qui survient le plus souvent après 50 ans et est aggravé par la sédentarité, le stress, l’hypertension artérielle et le surpoids. Le thérapeute devra s’atteler à aider son patient à changer ses habitudes de vie, tant alimentaires qu’environnementales, une bonne ré-équilibration énergétique devant l’aider à prendre des décisions dans ce sens ! Pour la symptomatique, outre les points déjà mentionnés on retrouvera bien sûr le 13F, Mo de la Rte, le 9Rte, Ro de Rate qui va donc à l’organe et est un grand point hormonal, et le 7IG (point de la « juste mesure », alimentaire ou autre) et le 3R qui sont deux points donnés dans les diabètes gras.

-Le syndrome de résistance à l’insuline :
L’insuline est sécrétée normalement mais la sensibilité des cellules à son action est faible. Il en résulte une hyperglycémie par insensibilité du foie à l’insuline, foie que rien n’empêche alors de libérer trop de sucre entre les repas, et/ou une hyperglycémie par insuffisance d’assimilation du sucre dans les muscles et tissus graisseux en post prandial. Ce syndrome est favorisé par le diabète de type 2, par un fong externe ou interne, une maladie chronique ou un traumatisme. Il est nettement plus fréquent chez les personnes dont le tour de taille est élargi, adipeux. Le rapport pancréas-foie semble ici évident, on devra certainement travailler sur Bois-Terre dans les 5 éléments, utiliser la loi époux/épouse avec la VB, et le TR par le midi-minuit pour favoriser les échanges cellulaires. On pourra penser éventuellement au 4F, point symptomatique du diabète, au 13F évidemment.

Conclusion

Enlevez une vésicule, une rate, un bout d’intestin, une moitié de foie et vous continuerez à vivre normalement. Mais enlevez un pancréas et c’est le « tout » qui prend l’eau : sans traitement pas de survie, et même sous traitement médicamenteux, il existe malheureusement de nombreuses complications redoutables. Il nous reste donc une chose à faire : Aidez nos pancréas à rester au centre de leur tout.

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Infos de l'auteur

Sophie Moreau

D'abord sage-femme, Sophie Moreau a fait ses études d'acupuncture à l'école Imhotep, à Paris. Après l'obtention de son diplôme, elle est devenue professeure dans cette même école, tout en continuant de donner des séances d'acupuncture traditionnelle dans un cabinet près de Paris.

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