Le tsang poumon (1ère partie)

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Introduction

Après la rate, intéressons nous au mot poumon. Bien moins utilisé dans nos expressions françaises, il a en apparence peu de significations si ce n’est celui de l’organe qui nous fait respirer. Mais en creusant un peu du côté de ses origines, voilà encore qu’il nous surprend, tant par sa symbolique que par ses liens avec l’acupuncture traditionnelle et toute sa poésie.

Le maître des énergies

Il est l’un des 5 organes trésors chez l’homme et souvent associé aux souffles du corps. Il est le maître des énergies et travaille depuis le foyer supérieur avec l’empereur. De plus, il expulse l’air vicié, apporte l’air pur, et fait office de premier ministre en divulguant et transmettant les ordres du roi. Enfin, il assèche nos marais, donne le départ de l’énergie iong à 3h TU du matin et impulse la vie car il est le méridien des souffles.

Souffle

D’ailleurs ce petit mot souffle fait référence à 2 notions. La première est purement physique : le souffle physique de la respiration. Le second fait référence à l’espace compris entre le yin et le yang que l’on nomme les souffles, désignant ainsi la vie ( Dieu forma l’homme, poussière du sol, et souffla dans ses narines une respiration de vie, et l’homme devint une âme vivante, dit la Genèse 2.7). Il souffle d’ailleurs dans les narines de l’homme (ouverture du poumon) et pas dans sa bouche. Alors, ce méridien du tae yin, méridien du souffle ou méridien des souffles?

Définition et histoire du mot

A première vue ce petit mot poumon ne signifie rien, mais vraiment rien! Son origine proche nous parvient du latin pulmo : poumon, tout simplement. Le latin a dérivé lui aussi d’un mot plus ancien, du grec ancien πνέω : souffler, respirer, être plein de vie, de force, de souffle vital. On note déjà ici la notion de souffle vital, celui qui donne la vie, en référence à l’espace des souffles compris entre le mouvement du yin et celui du yang. Pour aller plus loin on peut noter 2 dérives de ce mot grec ancien.

Du grec ancien

1) πνεῦμα ou pneûma.
• Pneuma signifie en premier lieu le souffle, celui du vent ou de l’air expiré, la respiration, le souffle de vie, les flatulences, donc le côté physique de l’air que l’on ressent directement sur la peau (manifestation externe du poumon).
• Un autre sens lui donne l’odeur de ce qui est soufflé (l’ouverture du poumon est le nez, son revers est le gros intestin et ils se croisent au 20GI, accueil des parfums).
• Un troisième sens est celui du souffle des émotions : souffler de rage, un souffle d’ardeur, souffler de mécontentement, de colère… , il est le support d’une expression particulière des émotions symbolisée par un cri, un souffle. De lui émane une émotion. Le poumon et le coeur travaillent ensemble au foyer supérieur et lorsque le coeur s’emballe, le poumon véhicule à l’externe ce qui est présent à l’interne : les émotions du sang. Si le sang contient les émotions, le souffle les exprime en partie (11P).
• Il a enfin le sens de souffle divin, celui ou ce qui donne la vie et anime les choses. Le souffle yang céleste et lumineux qui anime la vie, à l’image du méridien des souffles.

2) πνεύμων ou pneúmôn qui désigne simplement l’organe du poumon.

Deux mots nouveaux à partir d’un seul, pneuma et pneumon : en les prononçant, cela donne pour le premier un mouvement vers le bas et un vers le haut pour le second, à l’image de la respiration. Un mouvement vers le bas pour descendre ce qui est sacré (les souffles) et un vers le haut pour désigner l’organe (en haut). Pneuma pour diriger vers la terre une énergie qui vient du ciel (souffle divin), pneumon pour rediriger vers le ciel cette énergie une fois transformée, par l’organe.
L’idée d’enracinement de quelque chose de divin pour emmener de la vie se retrouve dans notre notion de tonification. Inspirez, soufflez… une tonification qui nourrit le foyer inférieur au souffle, un mouvement effectivement vers le bas.

L’organe travaille quand il est vide

Le souffle permet au poumon de se vider rapidement, celui ci travaillant vide, il permet à l’organe de passer en hyper fonctionnement. Souvent après un souffle, on garde les poumons vides quelques instants. Testez, imaginez que vous êtes en colère et soufflez de mécontentement. Voyez comme vous gardez les poumons vides! D’ailleurs, dans ce cas, le rythme cardiaque s’accélère. Le foyer supérieur est prêt à bondir! Les poumons travaillent lorsqu’ils sont vides, et on comprend mieux 1) les exercices de respiration lente avec des temps de pause au milieu, poumons vides; 2) le besoin de souffler avec bruit ou rapidement dans des situations émotionnellement intenses.

Expressions

Au delà de ces mots, on peut noter dans notre langue quelques expressions courantes :

Le dernier souffle : mourir en exhalant son dernier souffle. Il symbolise ici la dernière étape du corps avant de mourir, alors que tout est joué, c’est par le dernier souffle que l’on part. On sait combien le pro s’accroche au corps, il pourrait même rester après le départ des autres shen. Le pro qui quitte le corps en dernier et s’accroche à la matière, serait une pensée partagée par nos anciens. C’est le dernier moment de vie, avant la dislocation de cet assemblage (yin yang) permettant celle-ci. A l’inverse du souffle divin qui initie la vie par le mouvement, le dernier souffle terrestre est le signe du yang qui repart laissant le yin se cacher. Dans un mouvement terre-ciel que l’on connaît bien, la vie se manifeste et change de forme en permanence, par des souffles émanant du ciel, et puis de la terre. Quand le ciel ordonne, la terre y répond. Le shen descend, et remonte, du premier au dernier souffle, se transformant parfois en kwei, emprisonnés sur terre. Le dernier souffle peut donc être porteur de tous ces kwei libérés en fin de vie.

Retenir son souffle : Lors d’un danger, pour se préserver ou se cacher, on retient son souffle. La encore, notre instinct de survie symbolisé par le pro arrive au grand galop et bloque la fonction respiratoire en immobilisant l’organisme. En cas de danger imminent, on perd la notion de temps et la conscience de notre entourage, un bref instant, on est totalement focalisé sur un détail (un agresseur, une situation dramatique que l’on voit se jouer devant nous…). Le rythme cardiaque là aussi bondit d’un coup, le foyer supérieur est prêt au combat.

Etre à bout de souffle : ce méridien étant très énergétique, au départ de l’énergie iong, et le maître des énergies, il paraît évident que ne plus avoir d’énergie soit synonyme en français d’être à bout de souffle.

Avoir de bons poumons : avoir une voie forte, à l’image du 11P, point ting du méridien et de son tching pié qui passe à la gorge.

Alors, au delà des mots définis plus haut et de ces expressions courantes, y aurait-il encore d’autres subtilités cachées ailleurs dans ce petit mot poumon?

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Infos de l'auteur

Jérémie est acupuncteur à Loches, en Touraine. Ingénieur en agro-développement international à la base, il se forme ensuite en marketing stratégique. Il a travaillé en Afrique et en Amérique Latine. Un premier tournant professionnel lui a permis de développer une entreprise de plomberie chauffage pendant 7 ans en Essonne. Passionné de mots, de symbolique, il nous livre aujourd'hui ses réflexions sur les organes.

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