Comprendre les pouls pour mieux les apprendre !

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Nous connaissons tous à un moment donné une difficulté pour retenir les formes des pouls. Que l’on soit étudiant ou praticien, certaines formes de pouls nous semblent bien mystérieuses. Et mettre un nom sur une forme est loin d’être évident.
C’est pourquoi, dans cet article, je m’efforcerai de vous apporter quelques éclaircissements. 
Il y a ce que nous ressentons sous les doigts, et l’explication physiologique qui donne aux pouls leur forme. Et c’est cette explication que je vous propose aujourd’hui.

Le pouls superficiel (Fu)

– Sa description:
 »aussi léger qu’un duvet » So Wen.
– Indications pathologiques: il correspond à des symptômes de surface, c’est une attaque externe.
– Explication de la forme: si c’est une attaque externe, l’énergie Oé est appelée en renfort (et l’on sait qu’elle circule en superficie). Tout est mobilisé vers la surface pour faire face à cette attaque externe. Ce mouvement vers l’extérieur, même les vaisseaux l’opèrent, ce qui explique cette sensation de pouls superficiel.

Le pouls glissant (Hua)

– Sa description: il « va et vient comme des perles rondes roulant sous le doigt » So Wen. Ce qui le caractérise (quand il n’est pas grave), c’est sa fluidité, comme si les perles roulaient sous les doigts.
– Indications pathologiques: c’est un amas d’humidité, de mucosités, une chaleur par stagnation de nourriture.
– Explication de la forme: s’il y a de l’humidité, il y a lubrification et élasticité, d’où cette sensation de pouls qui glisse sous le doigt, sans aucune aspérité (comme le pouls rugueux pas exemple). Le pouls glissant est aussi signe qu’il y a un amas quelque part, et les boules que l’on ressent sont justement le reflet de ces stagnations dans la circulation sanguine.

Le pouls vaste (Hong)

– Sa description: « en hameçon ou en fer de lance » So Wen.
– Indications pathologiques: c’est une plénitude de chaleur.
– Explication de la forme: quand il y a plénitude de chaleur, notamment en cas de fièvre, il se produit dans les vaisseaux une poussée importante de l’énergie et du sang. Cette forte pression se traduit par l’augmentation de la pression systolique (contraction du cœur) et la baisse de la pression diastolique (relâchement du cœur pendant son remplissage de sang). La forme de « fer de lance » reflète donc ces deux phases de forte contraction, puis de relâchement. Le pouls est en effet décrit comme arrivant fort et repartant fin.

Le pouls dicrote (Kou)

– Sa description: « comme une tige de ciboule » So Wen.
– Indications pathologiques: vide de sang et altération du yin.
– Explication de la forme: quand le yin est faible, la quantité de sang est aussi réduite dans les vaisseaux. Le yang des vaisseaux apparaît alors plus important, ce qui explique l’enveloppe de la tige de ciboule que l’on sent. L’absence de matière quand on appuie dessus est dû à ce vide de sang.

Le pouls tendu (Xian)

– Sa description: « il ressemble à une corde d’instrument de musique » So Wen
– Indications pathologiques: c’est une attaque de Bois, une maladie du Foie et de la Vésicule Biliaire. C’est le pouls que l’on retrouve quand il y a des douleurs.
– Explication de la forme: on sait que le Foie a un grand rôle dans la régulation du sang (il libère le sang en cas d’effort physique par exemple, et le stocke au repos). C’est également lui qui gère tout le système tendino-musculaire. Quand il se déséquilibre, la circulation dans les vaisseaux se fait mal, elle peut se manifester par des obstructions et les vaisseaux se contractent, ce qui expliquent cette sensation de corde tendue.
On peut également trouver cette forme de pouls dans certains cas d’hypertension artérielle, et là le nom de la forme du pouls prend tout sons sens.

Le pouls profond (Chen)

– Sa description: : « il est comme une pierre au fond de l’eau » So Wen.
– Indications pathologiques: c’est l’expression de maladies internes, que ce soit par plénitude ou par vide.
– Explication de la forme: ce n’est pas une forme difficile à interpréter. Etant donné que la maladie est profonde, la plénitude ou le vide se retrouvent dans les couches les plus internes. La circulation dans les vaisseaux est donc le reflet de ce qui se passe dans le corps. On ne perçoit rien en superficie puisque le Xié qui provoque la plénitude ou le vide sont internes.

Le pouls lent (Chi)

– Sa description: pouls à 3 pulsations au lieu de 5.
– Indications pathologiques: il est signe de stagnation, de froid.
– Explication de la forme: le froid a une particularité, celle de tout ralentir et de figer. Ce ralentissement se retrouve aussi dans les pulsations.

Le pouls rugueux (Se)

– Sa description: « il est comme un nœud de bambou que l’on racle légèrement avec un couteau » So Wen.
Le pouls donne une sensation d’irrégularité, comme s’il avait du mal à venir. On a l’impression que l’artère contient du sable.
-Indications pathologiques: c’est une plénitude d’énergie par vide de sang. On retrouve cette forme quand il y a des stagnations de sang à des endroits du corps.
– Explication de la forme: dès qu’il y a stagnation et vide de sang à certains endroits, la circulation se fait mal et c’est ce que reflète le pouls rugueux. Comme il y a stagnation, le sang est plus visqueux pour circuler et il aura tendance à accrocher les parois des vaisseaux. C’est ce qui donne la sensation de grains de sable ou de pouls qui n’arrive pas à passer.

Le pouls rapide (Chuo)

– Sa description: 6 pulsations par respiration.
– Indications pathologiques: c’est signe de chaleur (par vide ou plénitude).
– Explication de la forme: de même que le froid ralentit, la chaleur elle accélère. Toute chaleur ou excès de yang va accélérer le sang dans les vaisseaux, que ce soit dans les cas de syndromes fébriles, de chaleur vraie ou apparente ou encore d’hyperthyroïdie.

Le pouls amolli (Ge)

– Sa description: « Comme une peau de tambour, grand et serré en périphérie mais creux et vide au milieu » So Wen.
– Indications pathologiques: c’est un signe de vide en superficie (contrairement au pouls dur qui est un signe de plénitude en profondeur). On le trouve dans les cas de perte de Tsing, de sang, de déshydratation sévère, d’hémorragie utérine due à une rétention placentaire.
– Explication de la forme: la forme de ce pouls se rapproche de celle du pouls dicrote. La perte de sang donne cette impression de vide au milieu, et le yang des vaisseaux apparaît plus important, ce qui donne ce côté serré et tendu sur les côtés. C’est une forme de pouls que l’on trouve souvent chez les patients de plus de 40 ans et dont les artères ont une certaine dureté ainsi qu’un Tsing déclinant. C’est cette dureté des artères qui le différencie du pouls dicrote.

Le pouls fin (Xi)

– Sa description: « comme une fil de soie », mais ne disparaît pas à la palpation.
– Indications pathologiques: c’est un signe de vide de yin, mais peut aussi être le résultat d’une humidité importante dans tout le corps qui a épuisé le yin.
– Explication de la forme: le yin et les liquides organiques sont insuffisants pour remplir les vaisseaux, mais le yang est encore là, ce qui explique que le pouls ne disparaisse pas à la palpation.
Le pouls fin peut également apparaître quand l’humidité s’est largement installée. Quand cette humidité a envahi le corps et épuisé le yin, elle comprime les vaisseaux sanguins et donne cette forme de pouls fin. C’est comme le bout de bois vertical que vous pouvez trouver dans certains marécages denses. Il tient non pas par flottaison (ce qui est impossible verticalement), mais par la pression exercée par cette humidité stagnante et croupie.

Le pouls remuant (Dong)

– Sa description: « il se trouve à la barrière et ressemble à un haricot ». So Wen
 C’est un pouls qui est à la fois un peu court, rapide et fort, comme des pois qui roulent sous les doigts. Il a également une particularité, quand on pose le doigt, qu’on le relève et qu’on le remet, le pouls a disparu mais il revient aussitôt.
– Indications pathologiques: c’est une forme que l’on rencontre en cas de douleur ou de frayeur permanente ou chronique.
– Explication de la forme: quand il y a douleur ou frayeur permanente, la circulation au niveau du pouls ne peut être sereine et fluide. L’énergie et le sang sont là, en abondance (on ressent le pouls fort), mais ils sont perturbés dans leur circulation, ce qui peut expliquer ce jaillissement soudain à l’intérieur des vaisseaux quand on remet le doigt. Que ce soit la frayeur ou la douleur, ce sont deux choses qui vont également avoir tendance à figer. Mais ici il n’y a pas de vide d’énergie ou de sang (sinon le pouls serait faible), et cette entrave à la circulation se manifeste sous forme de petits pois, sans liens entre eux car il n’y a plus de continuité entre le yin et le yang, l’équilibre est brisé.

Le pouls pressé (Cu)

– Sa description: rapide avec des arrêts par intermittence.
– Indications pathologiques: c’est une chaleur extrême qui lèse le yin.
– Explication de la forme: dès qu’il y a chaleur, le pouls s’accélère. Mais ici il y a un paramètre supplémentaire. La chaleur est tellement importante qu’elle a épuisé les liquides organiques, ce qui crée des stagnations, des abcès, des accumulations pathogènes. Ce sont justement ces accumulations qui créent des arrêts irréguliers au niveau du rythme. La circulation du sang n’est pas fluide.

Le pouls changeant (Dai)

– Sa description: il s’arrête de manière régulière, la pulsation est plutôt faible et lente.
– Indications pathologiques: affection grave du cœur et épuisement de l’énergie ancestrale.
– Explication de la forme: comment une circulation peut-elle être fluide quand le cœur est atteint, ou que Yuan Tchi décline ? L’insuffisance de l’énergie cardiaque et ancestrale provoque ce pouls faible mais qui s’arrête, comme pour reprendre son souffle. Plus les arrêts sont rapprochés et plus le nombre de Tsang atteints est important.

Conclusion

Il y a une logique dans les formes de pouls, on peut dire que chacune d’elle est le reflet de ce qui se passe physiologiquement dans le corps. Quand il y a chaleur, le pouls s’accélère, alors que le froid a tendance à ralentir. Quand on a un vide de sang ou de yin,ceci se retrouve sous la forme d’un creux dû à la vacuité des vaisseaux. Le manque de yang se reconnaît à la mollesse des artères. Les plénitudes se manifestent par un remplissage des vaisseaux. De même les amas dans le corps vont se ressentir sous forme de boules plus ou moins grosses ou dans une circulation non fluide. Ainsi chaque déséquilibre (froid, chaleur, plénitude, humidité…) va se répercuter sur la forme des vaisseaux, et les 28 formes de pouls que l’on nous enseigne ne sont que les différentes associations possibles entre ces différents déséquilibres. L’enseignement nous donne des bases fondamentales, à nous de les enrichir, mais pour cela 6000 pouls nous attendent avant de pouvoir en parler, dixit un certain Charles Laville-Méry.

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Infos de l'auteur

Claire Bergereau

Claire Bergereau est : - Professeur des écoles avant de reprendre des études en 2010 au Centre Imhotep. - Diplômée du Centre Imhotep en 2014 - Présidente du SYNAT en 2016.

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