Le 11GI 曲池, partie 1

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Introduction

Au XIIème siècle, sous la dynastie des Tang, un célèbre médecin Taoïste du nom de Ma Tan Yang décrit Qu Chi (11 GI) ainsi que 10 autres points « miraculeux » que l’on connait aujourd’hui sous l’appellation « Le chant des douze étoiles célestes de Ma Dan Yang ». Ces points à « action céleste » sont considérés comme les points fondamentaux du corps humain, notamment grâce à leur large spectre d’action thérapeutique. On compte également Qu Chi, comme le 12ème des 13 points « Gui 鬼 » ou « point des revenants », exposés dans l’ode de Sūn Sīmiǎo (581 – 682), un autre médecin et alchimiste emblématique de l’époque des Tang. Aujourd’hui, il fait l’usage courant des praticiens de MTC et occupe une place conséquente dans la littérature classique et contemporaine.
Ainsi, en étudiant l’essence symbolique de ce point nous tenterons d’abord de dégager ses spécificités. Ensuite nous mettrons en lumière le rôle fondamental qu’il est en mesure de prendre dans la régulation des troubles énergétiques du Gros Intestin.

Héraclès et l’hydre de Lerne

Dans la mythologie gréco-romaine, le célèbre Héraclès, afin d’expier ses fautes et d’accéder à l’immortalité se voit confier 12 travaux, dont la réussite relève du divin. Cette mythologie métaphorise tangiblement les épreuves que l’Homme vient à emprunter sur le chemin de sa propre conquête . Lors de sa seconde épreuve, Héraclès se trouve confronté au monstre putréfiant, l’Hydre de Lerne, qui empoisonne toute la région. Cette bête à 5 têtes vit dans un marais nauséabond, dans un paysage brumeux, obscur où seule la lumière de la lune (le Yang du Yin = Fu) peut guider notre héros. La description de l’Hydre lui confère toutes les caractéristiques du reptile : « Tête de dragon », « corps écailleux », « insaisissable ». Aussi, elle exprime l’image du cerveau reptilien, qui dirige les instincts de survie, qui échappent au contrôle conscient.
La première phase du combat pour Héraclès consiste à faire sortir l’Hydre de son marais. Ensuite grâce à sa masse notre héros va tenter d’écraser les têtes du monstre passant à sa portée. Mais voilà, non contentes de repousser, chaque tête détruite se voit, en plus, dédoublée. Si bien qu’Héraclès se retrouve vite dépassé par l’assaillant. Ces éléments commencent à dévoiler la trame symbolique qui se tisse entre le monstre et le Gros Intestin.
Il apparait d’abord impossible de combattre ce poison, cette putréfaction, sur son terrain stagnant, humide. Il faut qu’il sorte de l’ombre. Ensuite, plus Héraclès lutte contre les têtes, plus elles en sortent renforcées. Or lorsqu’on lutte, qu’on combat, c’est le système nerveux orthosympathique qui prend le dessus, on cherche alors à survivre dans des conditions de danger. Au contraire, c’est le système nerveux parasympathique, qui va permettre de stimuler le péristaltisme intestinal (le mouvement des intestins). Le parasympathique, lui, s’active quand il n’y a plus de menace, quand on est au repos, qu’on lâche prise.

Les émotions

Pour Michel Odoul, les 5 têtes représentent les émotions fondamentales des 5 éléments . Sans entrer dans une telle précision, il apparait qu’Héraclès ne peut ni les fuir, ni les ignorer, ni les combattre en les écrasant, en les supprimant. Le salut viendra au moment où son ami Iolas, à l’aide d’un brandon enflammé, cautérisera les plaies des blessures accomplies par Héraclès (le Feu, fond le Métal). L’action de ce Feu purificateur empêchera les têtes de repousser. Après avoir coupé toutes les têtes de l’Hydre, le héros ouvrira les entrailles du monstre pour les mettre au grand jour. Il s’agit bien ici des mémoires, des traumatismes qui sont liés aux émotions qu’il faut faire resurgir. Pour se débarrasser du pourrissement il faut les laisser éclater à la lumière.
Finalement, Héraclès repartira avec la tête principale de l’Hydre (composée en partie d’or) et sur le chemin du retour il ressentira comme jamais tout le poids des événements de son passé, le laissant alors en proie à une mélancolie et une tristesse redoutable. Il se séparera donc de ce trophée en l’enterrant, le laissant un à pourrissement (transformation) certain.

La lumière

Cette scène symbolisant le Gros Intestin laisse transparaitre ses fonctions fondamentales. Héraclès apprend à se séparer non seulement de la matière (fécale) mais aussi des mémoires stagnantes qui empoisonnent son environnement vital. Ce qui lui permet un tel prodige, c’est avant tout d’accepter « ses démons », « ses impuretés » et de les mettre au grand jour sans « lutte intestine » ; ensuite « trancher » (Fonction Métal) avec ce qui appartient au passé et enfin, cicatriser (le Feu tempère une plénitude de Métal). C’est donc bien le mécanisme du deuil (Métal) qui est ici clairement exposé.
La caractéristique la plus fondamentale qui en ressort est sans équivoque la lumière qui sort de ce qui est « sale, impur, putride » au fond de nous. Ce n’est pas sans rappeler l’énergie Wei, énergie de défense, qui circule en dehors des méridiens, en superficie et qui protège les tissus les plus extérieurs . D’après le Ling Shu, cette énergie jaillit de l’impur, du Gros Intestin, lui-même considéré comme « le bataillon de soldat » du corps humain. On trouve un exemple très concret de ce système dans le grand lot des « maladies émergentes », qui implique une inflammation intestinale chronique, un dérèglement de la flore et souvent des problèmes de peau (eczéma, psoriasis) liée à une difficulté d’évacuation des toxines.
Ainsi, le mythe illustre parfaitement que la lumière (Wei Qi), défense de l’organisme, ne peut être effective tant que le Da Cheng (gros intestin) encombré, la mobilise. C’est au contraire, en se séparant du marasme incontrôlable (donc géré par l’inconscient) et stagnant des mémoires émotionnelles que nait cette énergie.

Le coude

Le point Qu Chi (11 GI) fait partie des points situés sur le coude comme tous les points He des méridiens du haut du corps. Comme tous ces points, il peut donc être à l’origine (ou même subir) des troubles de cette articulation. Beaucoup de choses ont été écrites sur la symbolique de ce dernier, mais nous retiendrons ici l’essentiel, autour duquel s’accordent des spécialistes tel qu’Annick de Souzenelle ou encore Gérard Athias.
Le bras de manière indifférenciée, représente d’abord notre « volonté d’action ». Il relie les mondes intérieur et extérieur, par la capacité à agir, à opérer. Il va donc servir à matérialiser des informations d’un niveau plus subtil (ou bien l’inverse). Le coude en son milieu est considéré comme « la barrière de l’acceptation » ; il marque le passage, la bascule entre l’inconscient et le conscient (là aussi dans les deux sens). Il évoque le degré de souplesse de la volonté dans le cadre « du Faire », « de l’Agir » ; Tantôt rigide il est capable ne pas plier, tantôt souple il peut lâcher.

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Infos de l'auteur

Quentin Veyrie

Quentin VEYRIE, Praticien en Acupuncture Traditionnelle (centre Imhotep), Praticien en Hypnose Ericksonienne (ARCHE Hypnose), RITMO et EFT, diplômé de Thérapie Manuelle (EPAMAT). Pratique l'accompagnement au Changement au sein d'un cabinet Paramédical à LYON.

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